Interview : La reconversion de Thomas, d’analyste pharma à professeur de sciences

Comment passe-ton de « jamais je ne serais prof ! » à finalement devenir enseignant et réellement apprécier son travail ?

Dans cette deuxième interview, je te propose de découvrir le parcours de Thomas, qui s’est réorienté du monde pharmaceutique au métier de professeur de sciences.

Très vite désillusionné par la réalité du monde de l’entreprise pharmaceutique, Thomas a su tirer le meilleur parti de ses expériences : elles lui ont permis de mieux se connaitre et de définir ce dont il avait besoin pour se sentir bien dans un travail.

Thomas nous montre que même décevante, on peut toujours tirer parti d’une expérience professionnelle, du moment qu’on prend le recul nécessaire pour en tirer nos leçons.

Dans cette interview, tu vas découvrir comment de fil en aiguille, Thomas a cheminé pour trouver un travail qui lui correspond.

1) Premières expériences professionnelles : procédures et rentabilité

 

À la fin de ses études de bio-ingénieur, Thomas a commencé sans trop se poser de questions, le parcours typique d’un étudiant sortit de bio-ingénieur :

« On ne va pas se cacher, le parcours classique quand on sort de bio-ingénieur, c’est de se retrouver dans une grosse boite de pharma, ça paie bien, le boulot on le fait pendant 2 ans, et puis soit on évolue dans la société pour des postes qu’on ne connait pas vraiment, soit on va ailleurs. On essaye de se caresser dans le sens du poil, en se disant « tient je vais faire des médicaments, on va sauver l’humanité », des choses comme ça. Mais dans le fond, une fois qu’on est sur le terrain, ce n’est pas tout à fais ça… 

 

Après 6 mois de recherche d’emploi, il a trouvé un premier post comme associé de recherche, pour un intérim de 4 mois. Même si cette expérience était assez intéressante, il a été assez vite désillusionné par l’aspect « rentabilité à tout prix » de son environnement.

 

C’était un job d’associé en recherche, pour un projet qui n’avait pas abouti car la personne responsable avait changé de société, donc il fallait quelqu’un pour terminer la mission.

L’expérience était très intéressante. Sur le plan humain car j’ai rencontré des gens super, mais aussi sur le plan de l’entreprise, car ça m’a permis de comprendre comment ça fonctionnait. 

J’aimais bien la recherche, manipuler, analyser etc… Mais c’est là que je me suis rendu compte que dans une entreprise, c’est beaucoup moins libre et peut-être un peu trop cloisonné par rapport à ce qu’on pourrait faire comme recherche à l’université. Pour quelqu’un de scientifique c’était frustrant car on ne pouvait pas aller au fond des choses. On avait peu de marge de manœuvre, on devait aller vite parce qu’il y avait beaucoup d’argent derrière. Et c’est à ce moment-là que j’ai bien compris qu’on n’était pas là pour faire des médicaments, mais pour apporter un maximum d’argent à une société, ce qui est dommage. 

 

À la fin de cette première expérience, Thomas a continué à chercher un emploi dans le secteur pharmaceutique, mais ce n’était pas si facile de trouver une place. Il a donc commencé une formation technique au Forem qui lui a permis de trouver son deuxième post comme analyste.

 

C’était aussi dans le pharma. Une boite qui faisait entre autre des analyses pour d’autres entreprises pharmaceutiques. 

Au début c’était très intéressant… sauf que je me suis rendu compte que je n’étais pas du tout fait pour ça car je suis distrait. Et là c’était quelque chose qui ne pardonne pas.

Je me suis rendu compte que devoir suivre des procédures à la lettre, ça ne me convient absolument pas.

La règles était que tu avais droit à faire 3 erreurs par ans, mais on ne me l’avait pas dit comme ça. Donc après 2 erreurs en 1 mois ça commence à faire beaucoup par rapport au standard de la société

Cette entreprise ne m’a rien dit du tout, il n’y avait pas de signaux comme quoi ça n’allait pas, et après quelques temps on m’a dit « écoutez ça ne va pas, on se sépare »…

Mais en même temps, je leur dis merci, parce que je n’aurai pas continué ce travail, ça c’est clair !

Il y avait une grosse pression puisqu’on n’avait pas le droit à l’erreur. De plus on ne m’expliquait pas la finalité de mon travail : j’appliquais juste une technique d’analyse marquée sur un papier. C’était frustrant ! Je me demandais vraiment à quoi servait mon diplôme. Donc moi qui voulais du contact avec le terrain, c’était raté !

Et ce qui m’a le plus ennuyé c’est vraiment les procédures. Il y avait une procédure pour tout ! Tout ! Pour rentrer dans le bâtiment, pour imprimer du papier, il y a une procédure pour faire une procédure, etc…

De plus, on n’avait aucune liberté d’action, et il n’y avait aucune confiance. Tout ce que tu faisais était enregistré. On avait une sorte de petite tablette qui enregistre toutes nos actions.

Donc cet emploi c’est terminé début aout, et en septembre je commençais l’agrégation.

 

2) l’agrégation et le métier de professeur : se sentir utile et trouver sa place dans la société

 

Ce que Thomas ne nous a pas encore dit, c’est que ces longues périodes de recherche d’emploi lui ont permis de faire de la remédiation scolaire, et de petit à petit se familiariser avec le contact avec les étudiants.

En parallèle de ma recherche d’emploi, je travaillais pour une société qui fait de la remédiation scolaire, de la formation, du coaching pour étudiant…

Au début, si j’avais accepté ce travail, ce n’était pas du tout pour être prof ! Parce que ma mère est prof donc je sais  bien ce que c’est l’enseignement. Avant de commencer, je ne voulais pas faire ce métier, parce que je voyais les contraintes qu’il y avait derrière. Je l’ai toujours vu travailler dur pendant la journée, avoir des réunions, devoir corriger et préparer ses cours jusque 2h du matin… Je savais que ça je ne voulais pas le faire ! Donc je m’étais dit « prof jamais de la vie ! »

Moi je ne voyais que les côtés négatifs, maintenant j’ai une perception différente. Cette charge de travail, finalement, c’est ce que m’a mère s’imposait à elle-même : si j’interroge mes élèves 3x par semaines, ben j’aurai 3 corrections à faire par classes par semaine. Donc c’est à soi-même de gérer sa charge de travail de manière équilibrée.

Donc j’ai commencé ce travail en remédiation scolaire, c’était d’une part pour l’aspect financier, c’est mieux que rien. Et d’autre part pour me sortir de chez moi. Quand on cherche du boulot, tout ce qu’on fait sur le côté est bon à prendre, c’est une bonne formation à faire valoir. Donc là j’ai fait l’école des devoir

Puis j’ai pris goût à expliquer la matière aux élèves ! Mais c’était très différent du métier d’enseignant. C’était des petites classes, il y avait aussi un aspect plus d’accompagnement.

Ce qui me plaisait vraiment dans cette expérience à l’école des devoirs, c’était ce sentiment d’utilité. On discute franc avec les élèves, ils nous parlent de leurs problèmes, on résout leurs problèmes scolaires, on leur apprend une méthode de travail, on leur apprend à étudier et on leur donne des explications…

Donc il y a une autre notion de se sentir « utile » pour la société que je ne pouvais l’avoir dans une entreprise où je suis juste le mec qui fait une analyse pour faire du chiffre et c’est tout !

Ici on parle de se sentir utile fondamentalement parlant. Moi en tant que professeur, je sais que j’ai un rôle. Je connais ma place dans la société.

 

Grâce à cette expérience, Thomas a eu l’idée de commencer l’agrégation, mais sans encore être sûre qu’il voulait devenir professeur. Il nous explique ce qui l’a décidé à se réorienter :

 

Lorsque j’ai terminé mon agrégation, il y a deux notions qui m’ont poussé à quitter le pharma et à aller pour de bon vers l’enseignement. D’abord cette volonté d’avoir un rôle à jouer, ensuite cet aspect encaqué dans une marche à suivre que je voulais absolument éviter.

Au départ, je ne pensais pas que je serais fait pour un métier social, au contact avec les gens… Puis je me suis rendu compte que le contact avec les gens, ce n’est pas si mal par rapport à un métier ou justement, on déshumanise la personne qui travaille, avec ces procédures et cette course à la rentabilité

Donc après ma deuxième expérience dans le pharma, je me suis dit « bon, j’ai vécu des expériences qui ne m’intéressait pas, on va voir où l’agrégation me mène. On verra bien ce qui est possible, car je ne connais pas tous les métiers qui traînent sur le marché de l’emploie. »

Si je n’avais pas essayé, je ne serai pas là, et je ne le regrette pas maintenant ! Mais la perception que j’avais du métier de professeur au moment où je me suis inscrit, n’est pas du tout la même que celle que j’ai maintenant.

Après mon agrégation, d’autres entreprises pharmaceutiques  m’ont rappelée parce que je postulais encore, mais j’ai dit non. Clairement que non !

 

Finalement, Thomas a fini par réellement apprécier le métier d’enseignant. Mais il y a pris goût petit à petit, au fur et à mesure de ses expériences. Il nous explique ce qu’il apprécie particulièrement dans ce métier :

 

Le travail sur le terrain est hyper stimulant. On est attentif à tout. C’est très éprouvant au début, je l’ai appris pendant l’agrégation : en stage après 3h de cours, je rentrais chez moi et je dormais !  

On me demanderait de faire un retour en arrière et de revenir en entreprise : jamais ! Parce qu’en entreprise, derrière mon bureau, un vendredi après-midi c’est très difficile de rester concentrer ! Mais comme prof, non, là t’es devant tes élèves, c’est du 200% toute la semaine, plus stimulant que ça, ce n’est pas possible.

J’apprécie aussi la liberté d’action : on peut faire ce qu’on veut et il y a beaucoup de créativité : on crée un cours, je peux travailler sur PowerPoint, je peux montrer des vidéos, je peux leur faire faire des expériences, inviter des intervenant en classes, on peut aussi créer une activité, on peut créer un voyage scolaire, une sortie de classe… Cette créativité et cette liberté, je ne l’aurai jamais ailleurs.

De plus, c’est quand même un métier fort social, fort ancré dans la société, parce que tous les parents interagissent avec l’école, on a des contacts avec les élèves, les parents, les acteurs externes… 

Et puis j’adore pouvoir donner le goût des sciences aux jeunes, en donnant des anecdotes croustillantes. Je ne suis pas un prof directement sorti de l’agrégation, donc je connais la réalité du terrain en entreprise. Cela me permet d’illustrer mes cours avec des exemples très concrets, et même si ça n’intéresse pas tout le monde, il y en a à qui ça parle vraiment !

 

Conclusion : Il y a toujours une raison derrière tout ce que l’on vit

 

Ce que j’ai particulièrement apprécié avec l’expérience de Thomas, c’est qu’elle nous montre à quel point la vie est un cheminement. Chaque expérience nous amène quelque part, même si on ne sait pas toujours où.

En sortant de ses études, il aurait été difficile pour Thomas d’imaginer que c’est le métier d’enseignant qui lui conviendrait, d’autant plus qu’il croyait ne jamais vouloir être professeur. Il a eu besoin de passer par l’entreprise pharmaceutique, par l’école des devoirs puis par l’agrégation pour petit à petit apprendre la réalité du terrain, mais aussi apprendre à mieux se connaitre lui-même : savoir ce dont il avait besoin pour se sentir épanoui dans son travail.

Il est intéressant de souligner que c’est parce qu’il a mis du temps à trouver de l’emploi qu’il a eu l’occasion de travailler dans cette école des devoirs et de se familiariser ainsi au métier d’enseignant.

Á la sortie des études ou au terme d’un contrat, on peut sentir une pression pour trouver le plus vite possible une autre position. Moi-même j’ai fait cette erreur d’accepter la première offre qu’on me proposait sans trop réfléchir. Pourtant, ce temps de recherche peut justement être mis à profit pour tester différentes expériences et mieux se connaitre, comme Thomas et l’école des devoirs.

Il y a souvent une raison derrière tout ce qu’on l’on vit, mais c’est à nous à trouver laquelle. C’est à nous de prendre du recul pour tirer les leçons de nos expériences, et ça, Thomas l’a bien compris :

Le truc, c’est de savoir pourquoi les expériences sont décevantes, voilà moi j’ai très bien compris que la rigueur et les procédures, ce n’était pas mon dada. Donc de voir qu’elles sont bien ses qualités et ce qu’il en retourne.

Et toi, comment te parle l’expérience de Thomas ?

Quelles leçons pourrais-tu tirer de ton expérience professionnelle actuelle ?

Comment ton travail actuel te permet-il de mieux te connaitre ? Qu’est-ce que tu n’y apprécies pas exactement ? De quoi aurais-tu besoin à la place ?

Prendre réellement le temps de répondre à ces questions pourra réellement t’aider à cheminer pour petit à petit, découvrir ta voie professionnelle ! Si tu as besoin d’aide dans cette réflexion, tu peux télécharger mon guide gratuit « trouver ma voie professionnelle en 3 étapes » en cliquant ICI.

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